Travail isolé en Suisse : ce que les employeurs doivent savoir
Travail isolé en Suisse : OPA, LTr et brochure Suva en bref. Évaluer les risques, choisir la surveillance, consulter le personnel, respecter la vie privée.
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Avant tout : cet article n’est pas un conseil juridique. Il résume les obligations générales telles qu’elles figurent dans les ordonnances et dans les publications de la Suva. Pour votre entreprise, c’est l’évaluation des activités concrètes qui compte. Faites-vous accompagner par votre spécialiste de la sécurité (MSST), la Suva ou l’inspection cantonale du travail.
Le concierge seul à la chaufferie le soir. La technicienne chez un client. Le travail isolé fait partie du quotidien de nombreuses branches. Il n’est pas interdit, mais s’il arrive quelque chose, personne n’est là pour s’en apercevoir.
Qu’est-ce que le travail isolé ?
La Suva le définit dans sa brochure « Travailleurs isolés » (44094) : une personne est considérée comme travaillant seule lorsqu’elle ne peut pas être secourue immédiatement après un accident ou dans une situation critique, par exemple parce qu’elle travaille hors de vue et de portée de voix d’autres personnes.
Ce qui compte, c’est que quelqu’un puisse aider à temps. Exemples typiques cités par la Suva :
- installations de production automatisées et machines en mode spécial (nettoyage, réglage)
- entrepôts, caves, dépôts extérieurs, chambres froides
- travaux en laboratoire
- heures supplémentaires, travail en équipe, le week-end, tournées de contrôle
- travaux de montage chez des clients et facility management
Une « situation critique » n’implique pas forcément une blessure : pensez à une chambre froide dont on ne peut plus sortir.
La base légale
Il n’existe pas en Suisse de loi spécifique sur le travail isolé, et l’ordonnance sur la prévention des accidents (OPA) n’a pas de règle générale à ce sujet, rappelle la Suva. Les obligations découlent de plusieurs dispositions :
- Art. 8 OPA (ordonnance sur la prévention des accidents et des maladies professionnelles, RS 832.30) : les travaux comportant des dangers particuliers ne peuvent être confiés qu’à des travailleurs formés à cet effet. Et : « L’employeur fera surveiller tout travailleur qui exécute seul un travail dangereux. »
- Art. 3 OPA : l’employeur prend toutes les mesures de protection conformes aux prescriptions et aux règles reconnues en matière de sécurité.
- Art. 6 LTr (loi sur le travail, RS 822.11) : pour protéger la santé, l’employeur prend toutes les mesures dont l’expérience a démontré la nécessité, que l’état de la technique permet d’appliquer et qui sont adaptées aux conditions de l’exploitation.
- OLT 3 (ordonnance 3 relative à la loi sur le travail, RS 822.113) : règle notamment l’information, la consultation et l’interdiction de surveiller le comportement (voir plus bas).
La pratique est décrite dans le guide de la CFST sur l’art. 8 OPA (version allemande). Formes de surveillance possibles : appels périodiques confirmés, appareils radio qui alarment en cas de chute ou d’immobilité, dispositifs d’alarme volontaire. Toutes supposent que quelqu’un puisse toujours réagir.
Certains travaux excluent expressément le travail isolé : installations électriques sous tension, réservoirs et espaces confinés, travaux sur corde. La brochure Suva les recense au chapitre 9.
Les obligations de l’employeur
1. Évaluer les risques
La brochure Suva 44094 (édition révisée de mai 2025) propose une matrice d’évaluation. Vous décrivez l’activité, déterminez le danger réaliste le plus grave et estimez deux éléments : la gravité possible (de la blessure légère sans arrêt de travail à la blessure mortelle sans premiers secours immédiats) et la probabilité. Leur croisement indique le type de surveillance nécessaire.
La Suva recommande une évaluation en équipe : supérieurs, collaborateurs, chargé de sécurité et, au besoin, spécialistes MSST. Selon l’art. 11a OPA, y faire appel est obligatoire lorsque la protection de la santé et la sécurité l’exigent.
2. Choisir des personnes aptes
Seules des personnes aptes physiquement, psychiquement et professionnellement devraient travailler seules ; en règle générale, pas de travaux dangereux avant 18 ans.
3. Instruire et documenter
Selon l’art. 6 OPA, vous informez sur les dangers et les mesures de protection à l’entrée en fonction et à chaque changement important. Pour le travail isolé, la Suva y inclut au minimum le système de surveillance et son contrôle, les travaux qui exigent une deuxième personne et le plan d’urgence. L’instruction doit être documentée.
4. Établir un plan d’urgence
Quel que soit le résultat de la matrice, la Suva exige une planification des urgences propre au travail isolé : organisation de l’alarme, premiers secours, formation, accès pour les ambulances ou l’hélicoptère.
Mesures selon le niveau de risque
La matrice de la Suva aboutit à quatre cases. En simplifiant :
| Case | Signification | Mise en œuvre typique |
|---|---|---|
| 1 | Travail isolé interdit | Une personne supplémentaire surveille en permanence, p. ex. lors de la descente dans un puits. La technique ne remplace jamais cette personne. |
| 2 | Surveillance continue, indépendante de la volonté | Deuxième personne à portée de vue et de voix, ou système qui déclenche automatiquement l’alarme, comme une installation d’alarme pour personnes (on parle aussi de DATI ou de PTI) |
| 3 | Surveillance périodique | Tournées de contrôle, appels téléphoniques ou radio, message attendu de la personne, ou système avec pré-alarme à quittancer |
| 4 | Travail isolé autorisé | La personne reste mobile et peut appeler elle-même à l’aide. Le plan d’urgence habituel suffit. |
Surveillance périodique : à quelle fréquence ?
Pour la case 3, la Suva retient un délai de sauvetage maximal de 8 heures pour des blessures légères sans séquelles (3a), sinon 4 heures (3b). On en déduit le temps d’arrivée des premiers secours, du service de sauvetage et du dégagement. On obtient l’intervalle de contact maximal. Si le calcul ne tient pas, il faut une alarme automatique comme en case 2.
La Suva cite expressément le message attendu de la personne isolée, par exemple à midi et le soir en quittant l’entreprise.
Quand faut-il une installation d’alarme pour personnes ?
Selon la Suva (qui renvoie à la règle DGUV 112-139), une telle installation comprend un appareil porté et une centrale de réception. Elle transmet alarmes volontaires et involontaires à un poste qui organise les secours. Avant chaque intervention, il faut vérifier que la liaison est garantie.
Même ainsi, les secours peuvent mettre 15 minutes ou plus à arriver. Si un lieu est trop isolé pour un sauvetage rapide, le travail isolé doit y être interdit, même si la matrice l’autoriserait.
Pour les travaux forestiers dangereux, la Suva renvoie à la directive CFST « Travaux forestiers » (2134) : ils ne peuvent être exécutés que si l’aide est assurée par contact visuel, vocal ou radio.
Participation du personnel et protection des données
Le personnel a son mot à dire. L’art. 6a OPA et l’art. 6 OLT 3 exigent que les travailleurs ou leurs représentants soient consultés suffisamment tôt et de manière complète. Si vous vous écartez de leurs propositions, vous motivez votre décision.
En même temps, l’art. 26 OLT 3 fixe une limite claire : « Il est interdit d’utiliser des systèmes de surveillance ou de contrôle destinés à surveiller le comportement des travailleurs à leur poste de travail. » Lorsque de tels systèmes sont nécessaires pour d’autres raisons, comme la sécurité, ils doivent être conçus de façon à ne pas porter atteinte à la santé et à la liberté de mouvement. La Suva souligne que la sécurité, et non la surveillance du comportement, doit primer.
En pratique : aussi peu de données que nécessaire. Un système qui enregistre seulement si un signal est arrivé est moins intrusif qu’une localisation en direct.
Où une application de check-in a sa place, et où non
Une application de check-in comme Ondira suit le même principe que le « message attendu » : la personne se signale d’un geste ; si le signal manque, elle reçoit d’abord un rappel, puis son responsable reçoit un e-mail. Mais tout dépend de l’intervalle : Ondira se manifeste au plus tôt toutes les 8 heures, plus un délai de grâce. Seule, l’application ne couvre donc pas les délais de sauvetage de quatre ou huit heures de la case 3. Elle a du sens en case 4, comme filet supplémentaire si quelqu’un ne peut finalement pas appeler à l’aide, ou en case 3 en complément d’appels de contrôle plus rapprochés. Le déroulement est décrit sur Comment ça marche, les données concernées sous Confidentialité et sécurité.
Soyons clairs : Ondira n’est pas une installation d’alarme pour personnes. Il n’a ni détection de perte de verticalité ou d’immobilité, ni centrale d’alarme, ni certification, et il n’appelle pas les secours. Ce n’est pas une solution pour les cases 1 et 2, ni à elle seule pour la case 3.
Liste de contrôle pour votre entreprise
- Recenser toutes les activités exercées hors de vue et de portée de voix
- Vérifier les travaux spécialement réglementés où le travail isolé est exclu
- Évaluer le risque de chaque activité, avec le personnel et un spécialiste
- Fixer le type de surveillance (cases 1 à 4) et calculer l’intervalle de contact
- Vérifier la couverture : réseau mobile, radio, liaison avec le poste d’alarme
- Désigner qui réagit à une alarme ou à un signal manquant, jour et nuit
- Établir un plan d’urgence avec les délais de sauvetage par lieu d’intervention
- Consulter et instruire le personnel, documenter l’instruction
- Pas de surveillance du comportement, données minimales
- Prévoir des contrôles réguliers
La Suva propose à cet effet la liste de contrôle « Travailleurs isolés » (67023). Toutes les sources : état octobre 2026.
Questions fréquentes
Le travail isolé est-il autorisé en Suisse ?
Oui, en principe, sauf s’il peut entraîner une blessure nécessitant l’aide immédiate d’une deuxième personne, précise la Suva. Pour les travaux dangereux, l’art. 8 OPA exige une surveillance.
Quelle loi régit le travail isolé en Suisse ?
Il n’y a pas de loi spécifique. Les dispositions clés sont l’art. 8 OPA (surveillance du travail isolé dangereux), l’art. 6 LTr (protection de la santé) et l’OLT 3. La Suva concrétise les exigences dans la brochure 44094 et la liste de contrôle 67023.
À quelle fréquence un travailleur isolé doit-il se signaler ?
Cela découle de l’évaluation des risques. Pour une surveillance périodique, la Suva retient un délai de sauvetage maximal de 8 ou 4 heures, dont on déduit le temps des premiers secours, du service de sauvetage et du dégagement.
Un dispositif d’alarme pour travailleur isolé est-il obligatoire ?
Pas de manière générale. C’est un moyen d’assurer la surveillance continue exigée à partir d’un certain risque, l’autre étant une deuxième personne à portée de vue et de voix.
Puis-je localiser mes travailleurs isolés par GPS ?
L’art. 26 OLT 3 interdit les systèmes destinés à surveiller le comportement. Une localisation pour la sécurité n’est pas forcément interdite, mais doit rester proportionnée et être discutée avec le personnel.
Combien coûte la protection des travailleurs isolés ?
Cela va des appels de contrôle à l’installation d’alarme avec centrale. Ondira existe en version gratuite avec check-in quotidien ; Ondira Plus, avec des rythmes de 8 et 12 heures, coûte CHF 3 par personne et par mois ou CHF 30 par an. Les détails figurent sur la page Tarifs.
Cet article n’est pas un conseil juridique. Il décrit des obligations générales et ne remplace ni l’évaluation des risques de votre entreprise ni les conseils d’un spécialiste de la sécurité, de la Suva ou de l’inspection cantonale du travail. En cas d’urgence : 144 (ambulance), 112 (numéro d’urgence européen), 1414 (Rega).